Bénéfices du cannabidiol dans le cadre des troubles épileptiques

femme assise sur un ponton de dos

L’épilepsie est définie comme « une affection neurologique chronique définie, soit par la répétition spontanée de crises, soit par la mise en évidence d’une propension du cerveau à générer des crises dès la première, soit par le diagnostic d’un syndrome spécifique. Une crise est la manifestation clinique de l’hyperactivité paroxystique d’un groupe de neurones cérébraux » (1). Cette maladie relativement fréquente et bien que connue depuis l’Antiquité, reste encore à ce jour assez mystérieuse quant à ses mécanismes de fonctionnement. Avec l’avancée des connaissances et les progrès de la médecine ces dernières années, plus d’une cinquantaine de formes d’épilepsie ont été identifiées. Devant une aussi grande variété de forme de maladies dont les manifestations et l’origine sont très variées, on ne parle donc plus aujourd’hui d’épilepsie, mais de maladies ou de syndromes épileptiques.

Les causes identifiées de ces syndromes sont de natures larges et variées. Ils peuvent ainsi résulter d’accidents, qu’ils soient physiques (traumatisme crânien) ou cérébraux (AVC), d’une maladie telle qu’un cancer du cerveau ou d’une méningite, d’une consommation excessive de toxique (alcool, drogue, médicament, etc.), ou bien encore avoir une cause génétique. Néanmoins, certaines formes d’épilepsie n’ont pas de cause clairement déterminée et/ou restes inconnue, on les qualifie alors d’épilepsie idiopathique. Bien que les causes puissent être diverses, les symptômes sont eux, assez clairement identifiés. Ils sont caractérisés par une excitation anormale et synchronisée d’un ou plusieurs groupes de neurones d’une zone localisée du cerveau pouvant se propager à d’autres zones cérébrales. Cette excitation brutale, intense et prolongée de ces groupes de neurones engendre alors la survenue de crises dites partielles ou prolongées, avec des symptômes physiques comme la perte de connaissance, des mouvements brutaux et involontaires, des pertes auditives ou visuelles avec ou sans hallucination… Alors que les crises partielles (ou crises focales) engendrent des symptômes spécifiques liés à la zone cérébrale impliquée (perte du langage, mouvement sporadique, …), les crises généralisées impliquant une excitation de plusieurs groupes de neurones de manière simultanée ou en chaîne entrainent des symptômes encore plus graves avec des pertes de connaissance, des contractions musculaires généralisées ainsi que des convulsions.

D’un point de vue physiologique, il semblerait que les crises soient déclenchées via des mécanismes impliquant l’activation des canaux ioniques et les neurotransmetteurs au niveau des neurones. Lors de la survenue de crises, des anomalies d’activations de ces deux éléments sont observés en lien avec une chute du taux de l’acide y-aminobutyrique (GABA) et une augmentation du glutamate synaptique. Néanmoins, cette pathologie étant extrêmement complexe, l’ensemble de son fonctionnement n’est pas encore clairement défini et nécessite de plus amples recherches.

Alors qu’actuellement, les seuls traitements proposés ne peuvent que stabiliser la maladie en espaçant au maximum les crises, ceux-ci s’avèrent extrêmement toxiques. Dans leurs recherches de traitement contre la maladie, de nombreux chercheurs se sont intéressés depuis quelques années au cannabidiol (CBD) et autres cannabinoïdes afin de juger de leur efficacité dans le cadre du traitement des troubles épileptiques. Fort des études déjà réalisées pour d’autres pathologies (2, 3, 4) et aux vertus déjà avérées du CBD (anti-inflammatoires, antioxydants, neuroprotecteur, …) (5, 6), celui-ci semble être une piste sérieuse sous plusieurs aspects (réduction des doses de traitements conventionnels, soulagement des crises, réduction de la fréquence de crises, …).

Parmi les différentes propriétés du CBD, plusieurs sont, en effet, très prometteuses à la vue des processus physiologiques de l’épilepsie. Ainsi, alors que cette maladie, comme beaucoup d’autres maladies neurologiques, semble liée à des processus d’inflammation favorisant l’hyperexcitabilité neuronale, les propriétés anti-inflammatoires du CBD lui confèrent une action antiépileptique (7). De même, différentes études ont pu montrer que le CBD, étant donné son action antioxydante, diminue la toxicité du glutamate et du peroxyde d’hydrogène, deux oxydants puissants produits lors des crises (8, 9). Enfin, alors que les convulsions et les contractures musculaires font partie des symptômes communs de l’épilepsie, des études sur modèle animal ont démontré les effets anitconvulsivants du CBD. Ceci permettant une diminution significative des contractions musculaires lors des crises, une diminution de la survenue de crises et une baisse de la mortalité (10). D’autres effets du CBD ont également été mis en avant lors d’études menées sur le sujet mais ne sont pas encore clairement établis. Ainsi, il semblerait que le CBD puisse inactiver les récepteurs TRPV1 (11), GPR55 (12) et ENT1 (13, 14) impliqués dans la survenue des crises d’épilepsie.

Depuis 2013, la Food and Drug Administration américaine a autorisé une étude du traitement par le CBD d’enfant souffrant d’épilepsie dite réfractaire aux traitements conventionnels (15). Une autre étude, également en 2013 au Colorado, a pu démontrer que chez 11 patients traités au CBD, 77% d’entre eux ont observé une diminution de la fréquence et de l’intensité des crises (16). En 2015, une étude plus complète portant sur 117 enfants a démontré qu’avec la prise de CBD, 85% des enfants avaient une réduction de la fréquence des crises et que 14% n’en faisaient plus du tout (17). En 2017, une analyse portant sur le regroupement de différents centres américains atteste que le CBD administré de manière journalière avec des doses de 2 à 5 mg/kg montre une efficacité dans le traitement des troubles épileptiques avec très peu d’effets indésirables dont la plupart sont bénins (18). Une autre étude portant sur 53 enfants, toujours en 2017, démontre également la diminution des convulsions dans 81% des cas, une diminution des crises dans 51% des cas et un arrêt des crises pour 16% des cas. Ceci ayant également permis de réduire les prises médicamenteuses dans 20% des cas (19). Outre ces études, le cas le plus médiatisé est certainement celui de Charlotte Figi, une jeune fille atteinte du « syndrome de Dravet », forme d’épilepsie extrêmement grave et résistante aux différents traitements. Âgé de seulement six ans, elle pouvait faire plus de 300 crises par semaine et ne pouvait plus ni marcher, ni manger ou parler. Ses parents ont alors décidé de lui administrer de l’huile de CBD hautement dosée avec des résultats stupéfiants. À la suite de cette administration, la jeune fille ne subissait plus que deux à trois crises par mois. Avec de tels résultats, son histoire fut vite médiatisée et un reportage sur elle a même été réalisé en 2013 (20).

En conclusion, différentes études prouvent que le CBD via ses actions anti-inflammatoires, antioxydantes, neuroprotectrices et d’inhibition de certains récepteurs peut jouer un rôle non négligeable dans le soulagement des symptômes et l’amélioration de la qualité de vie des personnes épileptiques. D’autres études doivent encore être menées pour mieux comprendre ces maladies et les modes d’action des cannabinoïdes. En attendant, le CBD peut néanmoins être utilisé sous avis médical uniquement, en plus des traitements prescrits, pour améliorer la vie quotidienne  des patients et les aider dans leur lutte contre la maladie.

Dr Lechat Marc-Marie

Docteur en Biologie Moléculaire et Physiologie Cellulaire du Végétal

 

Références :

1 – VIDAL, la base de données de référence du médicament sur Univadis. Disponible sur : http://www.univadis.fr/external/vidal?proceed

2 – O’Brien K. 2022. Cannabidiol (CBD) in Cancer Management. Cancers (Basel) Feb ; 14(4) : 885.

3 – Singh Y. et al., 2013. Cannabis extract Treatment for Terminal Acute Lymphoblastic Leukemia with a Philadelphia Chromosome Mutation. Case Rep Oncol  6(3) : 585–592.

4 – Koenig L. N. et al., 2020. Select atrophied regions in alzheimer disease (SARA) : an improved volumetric model for identifying alzheimer disease dementia. Neuroimage clin. 20 : 102248

5 – Nagarkatti P. et al., 2009. Cannabinoids as novel anti-inflammatory drugs. Future Med Chem   1(7) : 1333–49

6 – O’Brien K. 2022. Cannabidiol (CBD) in Cancer Management. Cancers (Basel) 14(4) : 885.

7 – Vezzani A. et al., 2011. The role of inflammation in epilepsy. Nat Rev Neurol. 7(1) : 3140.

8 – Hampson AJ. et al., 1998. Cannabidiol and (-) Delta9-tetrahydrocannabinol are neuroprotective antioxidants. Proc Natl Acad Sci U S A. 95(14) : 826873.

9 – Chen J. et al., 2016. Protective effect of cannabidiol on hydrogen peroxideinduced apoptosis, inflammation and oxidative stress in nucleus pulposus cells. Mol Med Rep.  14(3) : 23217.

10 – Jones NA. et al., 2010. Cannabidiol Displays Antiepileptiform and Antiseizure Properties In Vitro and In Vivo. J Pharmacol Exp Ther. 332(2) : 56977.

11 – Iannotti FA. et al., 2014. Nonpsychotropic plant cannabinoids, cannabidivarin (CBDV) and cannabidiol (CBD), activate and desensitize transient receptor potential vanilloid 1 (TRPV1) channels in vitro : potential for the treatment of neuronal hyperexcitability. ACS Chem Neurosci. 5(11) :113141.

12 – Rosenberg E. et al., 2020. CANNABIDIOL (CBD) EXERTS ANTIEPILEPTIC PROPERTIES BY TARGETING THE LPI-GPR55 LIPID SIGNALING SYSTEM POTENTIATED BY SEIZURES. Annu Meet Abstr – Am Epilepsy Soc. Disponible sur : https://www.aesnet.org/meetings_events/annual_meeting_abstracts/view/502400

13 – Gray RA, Whalley BJ. 2020. The proposed mechanisms of action of CBD in epilepsy. Epileptic Disord Int Epilepsy J Videotape. 22(S1) :105.

15 – Comes Now EpidiolexTM (FDA approves IND studies of CBD) | O’Shaughnessy’s. Disponible sur : http://www.beyondthc.com/comes-now-epidiolex-fda-approves-ind-studies-of-cbd/

16 – Gedde M, Maa E. 2014. Whole cannabis extract of high concentration cannabidiol may calm seizures in highly refractory pediatric epilepsies | Cochrane Library. Epilepsy Curr. Disponible sur : https://www.cochranelibrary.com/central/doi/10.1002/central/CN-01060504/related-content

17 – Hussain SA. et al., 2015. Perceived efficacy of cannabidiol-enriched cannabis extracts for treatment of pediatric epilepsy: A potential role for infantile spasms and Lennox-Gastaut syndrome. Epilepsy Behav EB. 47 :13841.

18 – Koo CM, Kang H-C. 2017. Could Cannabidiol be a Treatment Option for Intractable Childhood and Adolescent Epilepsy ? J Epilepsy Res. 7(1) :1620.

19 – Aguirre-Velázquez CG. 2017. Report from a Survey of Parents Regarding the Use of Cannabidiol (Medicinal cannabis) in Mexican Children with Refractory Epilepsy. Neurol Res Int. 2985729.

20 – Mailis Esteben. État actuel des connaissances sur le potentiel thérapeutique du cannabidiol, comment le pharmacien d’officine peut-il le conseiller ? Sciences du Vivant [q-bio]. 2020. dumas-03076699.